Rôle fonctionnel de la dopamine dans le cerveau
La dopamine est un neurotransmetteur impliqué dans plusieurs circuits neuronaux essentiels au comportement et à la cognition :
Motivation et anticipation du renforcement (système mésolimbique)
Dans le circuit mésolimbique, notamment au niveau du noyau accumbens, la dopamine code la valeur anticipée des récompenses et participe à la motivation dirigée vers un but. Elle permet d’associer des actions à leurs conséquences positives attendues.Fonctions exécutives et attention soutenue (voie mésocorticale)
Dans le cortex préfrontal, la dopamine module la mémoire de travail, la planification, l’inhibition et le maintien de l’attention. Elle contribue à stabiliser les représentations mentales nécessaires à la réalisation d’une tâche.Contrôle moteur (voie nigrostriée)
Dans les circuits reliant la substance noire au striatum, la dopamine intervient dans la sélection et la régulation des programmes moteurs, ainsi que dans l’automatisation des actions.
Contrairement à une idée simplifiée, la dopamine n’est pas uniquement le « neurotransmetteur du plaisir ». Elle joue surtout un rôle dans l’anticipation de la récompense, l’apprentissage par renforcement et l’allocation de l’attention vers les stimuli pertinents.
Hypothèses dopaminergiques du TDAH
Dopamine transfer deficit (DTD)
Un modèle influent est celui du « dopamine transfer deficit » (DTD). Selon cette hypothèse, chez les personnes avec TDAH, la réponse dopaminergique se transfère moins efficacement du moment de la récompense réelle vers les signaux prédictifs qui l’annoncent. Ce déficit de signal anticipé pourrait entraîner une moindre sensibilité aux renforcements différés, c’est-à-dire aux récompenses retardées dans le temps. En conséquence, les individus pourraient privilégier des récompenses immédiates, même moins importantes, ce qui correspond à l’impulsivité motivationnelle souvent décrite dans le TDAH.
Preuves génétiques
Plusieurs études génétiques ont identifié des associations entre le TDAH et des gènes impliqués dans la neurotransmission dopaminergique :
Transporteur de dopamine (DAT1 / SLC6A3)
Ce gène code la protéine responsable de la recapture de la dopamine dans la synapse. Des variants génétiques de DAT1 ont été associés à un risque accru de TDAH dans différentes populations.Récepteur dopaminergique D4 (DRD4)
Le gène DRD4 influence la sensibilité des neurones à la dopamine, notamment dans le cortex préfrontal. Certains polymorphismes, en particulier la variante 7-repeat, ont été liés à des traits d’impulsivité et d’inattention.
Ces associations suggèrent que des différences génétiques dans la régulation dopaminergique peuvent contribuer à la vulnérabilité au TDAH, même si elles n’expliquent qu’une partie de la variabilité clinique.
Transporteur de dopamine (DAT)
Le transporteur DAT régule la disponibilité synaptique de la dopamine en assurant sa recapture après libération. Des études d’imagerie cérébrale (PET et SPECT) ont exploré son fonctionnement chez des adultes avec TDAH.
Augmentation de la fixation du ligand DAT dans le striatum
Plusieurs travaux ont observé une fixation accrue du DAT dans le striatum, suggérant une recapture plus importante de la dopamine et donc une signalisation dopaminergique potentiellement réduite.Différences de disponibilité du DAT par rapport aux témoins
D’autres études ont montré des profils de disponibilité du DAT différents de ceux de sujets sans TDAH, indiquant une régulation atypique du recyclage de la dopamine.
Ces résultats convergent vers l’idée que la dynamique de recapture de la dopamine est modifiée dans le TDAH, ce qui peut altérer l’efficacité des circuits dopaminergiques impliqués dans l’attention et la motivation.
Études de synthèse récentes
Une revue critique récente (2024) compilant plus de quarante ans de données humaines et animales confirme plusieurs points :
Implication robuste de la dopamine dans les circuits fronto-striés du TDAH
Les données convergent pour montrer que les circuits dopaminergiques reliant cortex préfrontal et striatum sont impliqués dans les comportements d’inattention et d’impulsivité.Absence de preuve d’un déficit global de dopamine dans tous les cas
Les résultats ne soutiennent pas l’idée d’un manque uniforme de dopamine chez toutes les personnes avec TDAH.Dysrégulation régionale et hétérogénéité clinique
Les anomalies dopaminergiques semblent dépendre de régions cérébrales spécifiques et de sous-types cliniques, reflétant l’hétérogénéité du trouble.
Ces synthèses soulignent que la dopamine constitue une pièce importante mais non exclusive du modèle neurobiologique du TDAH. D’autres systèmes, notamment noradrénergique et sérotoninergique, interagissent avec elle dans des réseaux complexes.
Validation pharmacologique expérimentale
L’efficacité des psychostimulants constitue un argument indirect en faveur de l’implication dopaminergique dans le TDAH :
Blocage de la recapture de la dopamine (transporteur DAT)
Le méthylphénidate et les amphétamines inhibent le transporteur DAT, augmentant la disponibilité synaptique de la dopamine.Augmentation de la signalisation dopaminergique
Cette augmentation améliore la transmission dans les circuits fronto-striés impliqués dans l’attention et la motivation.Amélioration clinique de l’attention et des fonctions exécutives
De nombreuses études montrent une réduction significative des symptômes d’inattention, d’impulsivité et d’hyperactivité sous traitement.
L’efficacité de ces médicaments soutient l’hypothèse d’une dysfonction dopaminergique centrale, même si elle ne prouve pas une relation causale simple du type « plus de dopamine = moins de TDAH ».
La dopamine un modulateur clé des circuits attentionnels
La dopamine apparaît comme un modulateur clé des circuits attentionnels et motivationnels impliqués dans le TDAH. Les données génétiques, neurochimiques, d’imagerie et pharmacologiques convergent pour suggérer une dysrégulation de la transmission dopaminergique chez de nombreux individus présentant ce trouble. Cependant, l’hypothèse d’un simple déficit global de dopamine ne rend pas compte de la complexité des résultats actuels. Les altérations semblent plutôt régionales, dynamiques et variables selon les profils cliniques, en interaction avec d’autres systèmes neurochimiques comme la noradrénaline et la sérotonine. La recherche contemporaine s’oriente ainsi vers des modèles intégratifs combinant génétique, imagerie, pharmacologie et neurosciences des réseaux, afin de mieux comprendre l’hétérogénéité neurobiologique du TDAH et de développer des approches thérapeutiques plus personnalisées.


