Dyslexie : déficit phonologique et perception altérée des sons
Les enfants atteints de dyslexie présentent des difficultés à apprendre à lire et à écrire avec la même facilité, précision et rapidité qu'un enfant neurotypique. Bien que plusieurs causes aient été proposées pour expliquer la dyslexie, la principale demeure le déficit phonologique, c'est-à-dire une difficulté à traiter les sons du langage.
Ce déficit affecte principalement la conscience phonologique, c'est-à-dire l'accès conscient aux sons de la parole (Boets et al., 2013 ; Lieder et al., 2019 ; Swan & Goswami, 1997), la capacité à former des représentations catégorielles des sons, ainsi que la dénomination et la mémoire verbale (Vellutino et al., 2004). Ce trouble neurodéveloppemental, spécifique de la lecture et de l'écriture, repose donc sur des causes sous-jacentes complexes qu'il est nécessaire de comprendre.
Une étude pionnière a démontré que les sujets atteints de dyslexie présentaient un jugement auditif différent de celui des individus neurotypiques (P. Tallal & Stark, 1981 ; Paula Tallal et al., 1993). Les chercheurs ont utilisé un test de jugement temporel consistant à faire écouter deux sons à deux groupes distincts (un groupe atteint de dyslexie et un groupe de normo-lecteurs), en faisant varier l'intervalle de temps entre ces sons.
Ils ont observé que les individus dyslexiques avaient davantage de difficultés à discriminer les deux sons lorsque l'intervalle temporel était très bref, inférieur à 150 ms. Cela suggère que la perception des transitions rapides au sein du signal de la parole, c'est-à-dire le traitement des informations temporelles rapides inhérentes à ce signal, est moins précise chez les personnes atteintes de dyslexie. En d'autres termes, le traitement des transitions de formants, qui correspondent à des variations rapides de l'ordre de 40 ms, est moins efficace.
Troubles de la perception catégorielle
Comme évoqué précédemment, les capacités de segmentation et de représentation phonémique sont essentielles au développement d'une bonne conscience phonologique, et donc à l'établissement des correspondances entre graphèmes et phonèmes lors de l'apprentissage de la lecture. Ce processus est également désigné sous le terme de perception catégorielle : il s'agit de la capacité à catégoriser progressivement les unités sonores produites, à déterminer graduellement les frontières entre elles et à les discriminer, indépendamment des variations de prononciation, notamment selon le locuteur.
Les travaux menés par Paula Tallal, mettant en évidence un déficit du traitement auditif des signaux sonores, ont permis de démontrer par la suite l'existence d'un déficit de la perception catégorielle. Les temps de réaction nécessaires pour déterminer la frontière entre deux phonèmes se sont en effet révélés plus longs chez les personnes dyslexiques (Reed, 1989 ; Tallal, 1980).
Cela signifie, en d'autres termes, que les individus dyslexiques pourraient présenter une perception intercatégorielle moins nettement définie (Manis et al., 1997). À l'inverse, cela suggère également que ces individus pourraient développer une perception intracatégorielle plus fine que celle des normo-lecteurs, car ils perçoivent davantage de variations acoustiques au sein d'une même catégorie phonémique. Par exemple, entre les phonèmes /p/ et /b/ des syllabes /pa/ et /ba/ proposées dans un continuum de parole synthétique, un individu dyslexique tendra à hésiter plus précocement qu'un individu sans trouble de la perception catégorielle, ce qui indique qu'il perçoit plus tôt les différences acoustiques (Serniclaes et al., 2012).
Sources et auteurs
Boets et al., 2013 ; Bart Boets


